[Focus sur les ingrédients locaux #3] Le gel de mousse d’Irlande

Les algues rouges Rhodophytes (Rhodophyta)

De quoi parle-t-on ?

Il existe un très grand nombre d’algues rouges ; pour un usage cosmétique nous nous focaliserons sur  les rhodophytes les plus concentrées en polyholosides (aussi appelé polysaccharides), des sucres complexes au pouvoir hydratant et émollient. Les algues rouges nous intéressant particulièrement sont celles de l’ordre des Gigartinales (dont sont tirées les carraghénanes). On peut également s’intéresser à celles faisant partie de la famille Gelidiaceae (en particulier les genres Gelidium et Pterocladia, dont est tiré l’agar-agar) et à celles faisant partie de la famille des Gracilariaceae (dont est aussi tiré l’agar-agar). D’un point de vue personnel je n’utilise pas les algues dont est tiré l’agar-agar, je ne peux donc pas vous vanter leurs mérites dans la pratique ; par contre j’en ai déjà utilisé en cuisine pour former des gels solides, on peut aisément transposé ce type de gel en cosmétique, afin de former des « masques » / « patch » pour les yeux par exemple.

Mais revenons aux algues nous intéressant le plus, celles contenant des carraghénanes.

Mousse d’Irlande - exemple des différentes colorationsL’algue riche en carraghénane qui était la plus utilisée jusque dans les années 70 est la mousse d’Irlande, de son nom botanique Chondus Crispus. D’origine française, elle est à présent détrônée dans l’industrie au profit d’algues provenant de régions du monde moins chère en production.

Le gel filtré de mousse d’Irlande est appelé par certains industriels « Silicone végétal ». Je n’ai personnellement jamais compris pourquoi, car son gel n’a rien à voir avec les silicones. En voyant le prix du « silicone végétal »  dans le commerce, j’ai manqué de m’évanouir : 150€ le litre ! Rien que ça ! Quand on sait que sa préparation et son prix de revient sont similaire à celle du gel de lin, on nous prends vraiment pour des con…somateurs.

Comment utiliser le gel de mousse d’Irlande aka « silicone végétal » ?

Comment préparer le gel de mousse d’Irlande ?

Préparation des algues séchées
Avant la préparation il est conseillé de réhydrater les algues sèches dans un bol d’eau durant cinq minutes. On jettera cette l’eau de trempage pour conserver uniquement les algues réhydratées.
Si vous ne les avez pas acheté déjà « préparées », il faudra nettoyer les algues réhydratées doucement, à la main, afin d’éliminer les éventuels débris et de la découper en morceau

Fabrication du gel
Le gel de mousse d’Irlande se prépare dans un eau très chaude qui peut être frémissante mais non bouillante, idéalement à 60° (source)
On jettera 3% de mousse d’Irlande en petits morceaux dans une 97% d’eau chaude non bouillante avant de filtrer.

La texture obtenue est un gel dense similaire au « silicone végétal » du commerce. On l’intégrera de préférence à des préparation au PH neutre, certaines carraghénanes étant instable en milieu acide (je vous en dit davantage sur le PH dans le paragraphe « parenthèse scientifique » en fin d’article).

On peut également faire le gel de mousse d’Irlande en réalisant une courte décoction – c’est à dire en mettant les algues dans la casserole sur le feu – avant de filtrer, mais cela occasionne une perte de certaines propriétés.

Méthode de filtration
Il existe plusieurs méthodes de filtration, au choix on pourras utiliser :

  • une passoire fine
  • un mi-bas
  • un sac à lait végétal
  • une cafetière à piston.

Après la filtration vous pouvez utiliser les algues en masque sur la peau ou sur les cheveux, elle est encore riche en actifs et nutriments.

Voici un exemples des algues riches en carraghénanes que vous pouvez choisir pour vos préparations cosmétiques (source)

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Conservation :
Pour une conservation optimale respecter les règles d’hygiènes des préparations en cosmétique maison et ajouter à votre gel de mousse d’Irlande un conservateur antibactérien et antifongique à large spectre.
– Durée de conservation au frigo, sans conservateur : une semaine
– Durée de conservation au frigo, avec conservateur : trois mois

Quelles sont ses propriétés ?

L’explication « scientifique »

Riches en polyholosides (aussi appelé polysaccharides), des sucres complexes, les algues rouges ont un pouvoir hydratant et émollient. Les polyholosides sont également redensifiantes, en stimulant la production de glycosaminoglycanes – dont l’acide hyaluronique-, c’est à dire les composants du « tissu de soutien » de la peau, elles lui donnent ainsi plus de densité, plus de pulpeux et améliore son élasticité ; c’est pour cela que l’on donne des propriétés « anti-âge » aux algues rouges. Il est également riche en mucilages, d’épaisses molécules au pouvoir filmogène sur la peau, gainant et lissant les cheveux, leur donnant davantage d’épaisseur et de tenue sans produire de résidu. Le gel d’algue rouge apporte du glissant à toutes les préparation, un toucher soyeux,  leur donnant un effet « silicone-like » (si une personne peut m’expliquer ce que ça veut dire par commentaire, je suis preneuse)Enfin, les algues rouges sont bien entendue reminéralisante – la mousse d’Irlande contient entre autre magnésium, calcium, manganèse, zinc.

Différents types de carraghénanes

Il existe plusieurs formes de carraghénanes : iota, kappa, beta, lambda, oméga. Je vais essayer de faire une explication compréhensible de la chose, si ça ne l’est pas, n’hésitez pas à m’en notifier par commentaire. 🙂

Les carraghénanes sont des sucres complexes que l’on va représenter par un train.
Les différentes formes (kappa, iota, lambda, beta, oméga) n’ont pas les mêmes chaines de sucres simples  – on va représenter les sucres simples par des wagons – elles n’organisent pas leurs « wagons » de la même manière. Par conséquent l’aspect du gel produit par les différentes formes de carraghénanes sera différent.

  • Les carraghénanes de type kappa forment le gel un gel dur, compact, opaque, au microscope le maillage est serré.
  • Les carraghénanes de type iota forment un gel transparent, dense mais moins dur que celui de type kappa. Au microscope le maillage est moins dense, on observe des filaments.
  • Les carraghénanes de type lambda forment un gel transparent, plus liquide, au microscope il n’y a pas de maillage, les filaments sont dispersés.
  • source : « Propriétés-des-phycocolloïdes »

Les carraghénanes de type iota sont les plus utilisées en cosmétiques. On peut d’ailleurs acheter de la gomme carraghénanes, mais cette dernière sera vidée de ses minéraux, aura moins de vertus.

La plupart des algues rouges contiennent plusieurs formes de carraghénanes, mais elles ne réagissent pas comme si on assemblaient simplement plusieurs formes de carraghénanes extraites par conséquent on obtiendra pas le même gel (ça devient compliqué non ?). Les algues rouges peuvent également contenir des hybrides de carraghénanes et d’agar-agar, on les classe généralement dans la famille des carraghénanes.

Savoir inutile :
On peut convertir une forme de carraghénane en une autre forme en la mettant  dans un milieu alcalin comme une solution d’eau et de bicarbonate de soude. Pour simplifier, on obtiendra un gel de carraghénane plus dense en milieu alcalin. Pour un usage cosmétique je ne vous recommande tout de fois pas de travailler en milieu alcalin, mais plutôt en PH neutre, le PH de la peau comme celui des cheveux étant légèrement acide, y appliquer un produit légèrement alcalin lui ferait plus de mal qu’autre chose en dérèglant son PH naturel.

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